La Ronde #Juin 2017 : parfums

et cette fois, pour la Ronde, un texte de Hélène Verdier que je remercie

le vent d’ouest soufflait,

chargé des assemblages

il portait

odeurs d’herbes mouillées

turgescence des roses

remugles de fumures

sous défilés de blancs

suspensions du moment

dans les trouées du bleu

par dessus les ombelles

architectonique beauté

sucre des fleurs

du sureau vert,

registres calendaires

balancement de feuilles

quand brûlent les parfums

l’encens infiniment

trace les huit des quatre saisons

équinoxes et solstices

ce décompte des heures

bercement en partage

équitable ou non

du clair et d’obscur,

l’hiver après le gel perce

l’odeur menaçante du chou

sur les argiles froides,

au printemps viennent les premiers jaunes

inodores primevères

puis blanc ourlé

du suave épendage des narcisses poètes

— le poète se meurt,

puis en cascades de roses roses

le printemps touche sa fin

la lumière en triomphe

sur le char des saisons

en serpentins d’odeurs

juillet là-haut dans la montagne

de cascade en cascade

fleurissent les ancolies bleues

naines sous le brumisateur des mousses

des ruisseaux en furie

particules d’odeurs mêlées à celles

du granite chaud

ont ce parfum d’enfance

 — quelqu’un avait gravé

AGNES sur les laitances

d’une écorce de bouleau

agneau des dieux absents

tu portais l’odeur

des amours contrariées

par les jours,

et puis revient

le temps des noces équitables

du jour et de la nuit

dont la terre exhale

tout le chaud et l’humide

de nos asters violets,

la nuit,

la nuit paradoxale tourne dans son mortier

le broyat des parfums et des couleurs

du jour

 

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mars 2017 : La Ronde, « cuisines »

Merci à Jean-Pierre pour ce texte, dans le cycle de notre Ronde

    De la cuisine en général et des cuisines en particulier.

Cuisine, un mot au sens précis dès lors qu’il s’agit du lieu où se prépare la cuisine dans une méthodologie propice à toute combine qui permet d’aboutir au but choisi. Autrement dit le mot autorise tout vagabondage, il va comme vont les oiseaux, là où le vent les porte.

La cuisine nécessite un foyer, d’où ces monumentales constructions, extérieures d’abord, qui font saillie sur les murs et les toits et signalent par la fumée qu’elles dégagent l’existence même de ce foyer. A l’intérieur l’âtre devenu captif de la maçonnerie annonce le niveau social du propriétaire et permet à la maisonnée de se tenir chaudement autour des plats en préparation, sous le manteau, encadré par des piédroits parfois très décorés.

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 décor de piédroit de cheminée, XIIe siècle, Vanault-le-Châtel, Marne. 

Tout cela pour cuisiner, c’est-à-dire apporter du plaisir dans le besoin, des épices au neutre du bouilli, du craquant parfumé au gril côtelé. On sent déjà, on hume ici, les senteurs épicées, les alliances de goût, bref toutes les combines qui vont élaborer la cuisine de parti et qui, précisément, vont prendre souvent naissance autour de la table. Si l’argent n’a pas d’odeur en dessous de (la) table, la cuisine hélas en a, et laisse échapper un fumet plus ou moins corsé qui va attirer les mouches et par une sorte de génération spontanée, inviter les canards déchaînés à cancaner vers les extrémités de la terre les manières d’accommodements, les recettes de liaison de sauces. Quels mets, quelle cuisine !

Le consommateur commande au menu ou à la carte selon le marché du jour, fort garni ces derniers temps. Le salé et le sucré y trouvent mélanges de convenance, sont l’écho des amateurs de l’un qui vilipendent l’autre. Que du plaisir dans l’acidité ou le moelleux, du moins pour le chaland.

Table quatre, la Victor, servez et n’oubliez pas : « bon appétit, messieurs ! » – Oui chef !

 

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carte postale humoristique, 1903.

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À la fin du dimanche il fallait monter au nord du verger, écarter sur le talus les branches de noisetier et de sureau, et là, enfant à califourchon sur l’éboulis du mur, assister au roulement de nuages contre la joue mauve des collines. Alors le crépuscule venimeux, le naufrage de la couleur, alors la ruine de la lumière, encerclée, vaincue, entre les blessures claires du bocage d’hiver, plus la nuit portant l’estocade et s’allongeant sur les gravats du jour.

Revières , 1947

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Et des années après ( ou avant ?) dans l’atelier face au même visage encore, le même repris une autre fois, sur la feuille bruissante, sur le carton crème, puis sur la toile de lin clouée  aux tasseaux du mur, assis près de la fenêtre, portant un pantalon noir, une veste de velours à côtes, il ferme un moment les yeux, reprenant du bout des doigts, des ongles pianotant le thème obsédant de la mélodie, sentant cette fois, ( cette unique fois ?) qu’il est – va savoir – dans le bon tempo.

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