errances [Cointrin 1951]

Ce fut un moment d’ennui, de neige incertaine dans le temps mouillé d’un jour anonyme au milieu des objets immobiles et pacifiques. Quand ça arrive ici, et qu’il est inutile ou fatigant de penser fuir la Suisse, je préfère m’asseoir et regarder les gens, les voir se hâter par les rues, les suivre du regard. […]

[à Simon K] – Genève # oct 1948

  (…) Je te dirai que l’été s’est passé aussi bien que possible: beaucoup de marche, de rires, de lectures, et près de moi sans cesse, dans la vieille Bibliothèque de Genève à peu près tout ce qu’on veut quant au fond, et quant à la forme, dans le registre poétique actuel. Mais lire, relire […]

1946 Joseph Frisch [lettre à Jean Pierre Stamm 1946]

  c’est seulement vers trente ans que j’ai découvert les extraordinaires pouvoirs de la rêverie et que je m’y suis entraîné, jour après jour jusqu’à maintenant. J’apprenais à passer ces barrières artificielles qu’on nous a apprises entre le monde réel (tout plein de contingences, d’obligations, de personnes avec qui il faut entretenir des relations, une […]

chemins [lettre à Jean Pierre Stamm 1947]

 (…) l’histoire  tient en quelques mots: Franz T. avait rendu service à une jeune femme de trente cinq ans, ce n’était pas une chose difficile pour lui, et nullement risquée a priori. Une jeune femme dont l’histoire était un peu longue, pleine d’échecs et de déceptions, de douleurs si tu veux. Laure était d’une famille […]

gare de Limoges [à Paul Stammer 1951]

(…) parce que tu crois que ça me plait de parcourir la planète pour apporter des bracelets que des maniaques de l’heure vont acheter ? tu crois que ce travail d’épicier me convient ? boucles, goupilles et bracelets, cuirs, ardillons, coutures et surpiqures, et puis les accessoires, les bracelets métallisés, les choses pour dame, chaînes, […]

dans la ville [à R 1947]

(…) Peut être seras tu passée par le boulevard Semmer, puis peut être à droite dans une des petites rues où les marchands ferment leurs étals (c’est le soir je te préviens, du mauve s’installe partout) puis tu auras quitté le quartier des magasins – le centre est petit chez nous: et pourtant tu n’es […]

à Robert Leininger [Paris 1954]

cher Robert, tu vois j’ai eu beaucoup de peine en apprenant la mort de Gambert, parce que c’était un ami, et que bien trop d’années me séparent de nos dernières rencontres – les dernières à Lyon où il avait tenu après guerre un minuscule magasin de réparation de stylos dans la presqu’île. Et puis surtout […]

chez Claire S [Paris 1946]

 » (…) Tu vois ; j’écris par mouvements disait Madeleine, andante, piano, scherzo, tu vois ce que je veux dire ? une écriture musicale, comme, comme …  je dirais rythmée par les émotions, essayant de rester dans un timbre dans un registre, écrire en tristesse mineure, en joie calme, en détermination marquée. Oui Schubert: le […]