flaque [Paris 1958]

Je regarde par la fenêtre la flaque où s’arrondit l’écho des gouttes, cette circonstance me fait toujours penser au lac Baïkal, où je n’irai jamais mais dont j’ai appris qu’il représentait la plus grande masse d’eau douce au monde, qu’il faisait un peu plus de mille mètres de fond et que sa transparence est extrême. […]

l’enveloppe [Marseille 1950]

Je m’interroge toujours sur cette puissante impression que me fait un lieu désaffecté, ruiné, à l’abandon : plus qu’une vision de mort c’est une sorte d’infinité d’images, voix, de menus faits de la vie passée qui se déroule vertigineusement, et qui déteint sur le présent en gommant l’essentiel de l’émotion douloureuse (souci, colère, violence), mais d’où […]

cent mots [Marseille 1950]

Alors cette musique ! Ces soleils ! Et la couverture bleue de ce monde comme un casque qui me saphire: je m’en recouvre, m’y chauffe. Puis traversant la sage fenêtre je passe un oeil: fou ce que l’air est calme, c’est mardi et aller par les rues vers le fleuve m’assouplirait, ruinerait toute mélancolie. Va […]

passage [cent mots 1950]

Tu commences l’inventaire par là: ce ciel léger et rapide, seuil de partage au dessus des vivants qui occupent le monde. Un métro passe en giclant du tunnel, raye le matin : c’est une écharde de métal, alors tu inclines la tête pour saluer les souvenirs  condamnés à vivre dans la fraternité des nuages. L’espèce penses […]

Jardin [lac de Faucigny, été 1953]

Elle passe le premier rideau, puis un autre, et encore et entre dans l’allée entre des rangs d’arbres emplis de fruits où le parfum des pommes tombées à terre la trouble légèrement. Elle sent sur sa droite, cette lumière calme, mouillée de brume, qui l’étonne et la réjouit comme l’annonce prometteuse d’une journée. Elle marche […]