Lui, elle, tous ils savent pense-t-il, et il regarde leur visage dans la rame de métro (l’odeur sucrée du caoutchouc, de la sueur, la lumière blanche des néons, puis un pont au-dessus du fleuve sous la pluie) visage muets et distants de tous les jours, de tous les voyageurs mais qui lui semblent maintenant hostiles, méfiants, poisseux, menteurs. Il pense : des acteurs, oui de misérables acteurs, Indicateurs, lâches. C’est certain la police va venir. Le train s’arrêtera entre deux stations et tous le regarderont : ils savent ils attendent de parler contre lui. Ils parleront oui, ils vont tout dire, au besoin ils inventeront pour en rajouter. La police les tient, ils ont tous une affaire en suspens on les attend, on les guette eux aussi. Ces flics contrôlent tout, je le sais (la salle livide, la lumière, cette chaise en fer). Un signal déclenchera les choses, et toutes ces têtes de laine, de bêtes d’abattoir vont reprendre leur vrai rôle : parler et dénoncer, pointer le doigt mordre avec leurs fausses bouches d’ange. Des chiens en meute, c’est cela des bêtes sauvages après tous les siècles inutiles de civilisation, de livres et de discours. Faux herbivores autour de lui, hésitants et crispés prêts à bondir. Attendant le premier aboiement du chef pour se ruer. Sur lui seul; sacrifié, mais, si peu coupable, désigné, ignorant, offert au hasard, dans la nuit qui tombe.

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