[variations 8] Journal d’Anne

Et que nous reste-t-il s’ils ont disparu ? Ni le timbre de la voix alors, ni le creux caché de leur âme, ce roncier dont jaillit parfois un chevreuil. Alors : qu’est ce qui reste ? L’air qu’ils ont respiré ? Ou cette trace des saisons figée dans les stries dures du bois, les haies d’arbres façonnées par le vent, le souvenir du froid de cette année, la douceur d’une autre. Et puis très loin l’embellissement qu’offre au monde l’amour vrai : son terreau profond, sa répétition malgré les années, inlassablement comme une source.

Hier donc, puis l’oubli, puis la couverture mouillée des mois d’hiver, le vieillissement de la chair , sa joie promise et intenable. Son inquiétude aussi. En nous alors, stries, ratures, blessures, cicatrices,  strates du temps. Comme des couches de lecture, livre sur livre.

Frisch habitait alors près d’Austerlitz un hôtel plein de courants d’air, si froid en janvier 47  qu’on devait en pliant des carpettes de lit essayer d’empêcher le vent sous les portes. La grande inondation de paris avait eu lieu l’année de sa naissance. C’était dommage parce qu’il aurait bien aimé la voir, assister au soulèvement des pavés de châtaigniers sur le Boulevard Saint-Germain, au spectacle d’une ville ruinée mais qui s’efforce de renaître. A l’époque il se rappelle que Guillaume Apollinaire habitait Auteuil.

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