promenades (le portrait)

à la fin je m’approchais de l’image  en noir et blanc du journal je m’en approchais de plus en plus près presque à la toucher est alors le visage que je regardais image probablement quelconque d’un quelconque magazine en l’occurrence visage d’une jeune femme souriante avec les traits un peu lourds la lèvre gonflée de sommeil était-ce une publicité ou seulement un portrait illustrant un reportage sur un pays étranger que bien des lecteurs ne visiteraient jamais eh bien en voyant ce visage un parmi les innombrables je m’égarais je pensais je m’évadais

vers le portrait de Frisch un des rares que je possède il est devant un mur de mosaïque on voit un homme légèrement de biais le regard dirigé comme vers l’épaule droite du spectateur il n’a qu’un seul œil ouvert et sur l’autre la main presse un mouchoir à carreaux douleurs larmes ou poussière qui saura pour quelle raison la main gauche semble cacher l’œil gauche mais ce qui est certain c’est que le regard l’oeil droit de F et triste abandonné visage d’un homme qui renonce renoncera peut-être qui n’en peut mais comme dit Spalding et puis

un détail on voit derrière Joseph Frisch un « A » et un « C » formant une syllabe mais inversée « CA » et alors il y a deux explications soit il s’agit d’une photo pour le négatif a été inversé si bien qu’en fait le bras droit est un bras gauche et c’est le vrai bras droit qui est devant l’oeil droit avec ce mouchoir à carreaux soit il s’agit d’un autoportrait au miroir est alors la syllabe qu’on devine est peut être la première du mot CAFE-BAR-BRASSERIE mais il n’y a pas d’indication sinon au crayon bleu la seule mention J.F. 1953 et aussi soulignée la mention pour

mémoire a bouche est mince les lèvres à peine dessinées une ride verticale entre les deux yeux peut-être une vague impression de sourire qui remonte la commission labiale la photo est grande comme la moitié d’une carte postale impossible de savoir qui est derrière l’objectif s’il s’agit bien d’un portrait pris par un tiers ou seulement d’un montage d’une sorte de brouillage intentionnel de l’image le portrait est agrafé sur une enveloppe écrite de la même encre bleue il y a dans la boîte qui contient les courriers & notes ou carnets de Frisch une et même

quelques autres images mais celle qui me revient en mémoire c’est celle où il est de face âgé de quinze ans environ tenant la main d’un adulte son père la scène est prise bord d’un canal car on voit le flanc d’une péniche et son nom en forme de jeu de mots « Laisse Cargo » Joseph tient dans la main un carton blanc qui a la forme d’une horloge sur laquelle sont figurées les emplacements des heures mais sans les chiffres si bien que rien n’indique rien oriente l’œil et telles que sont placées les aiguilles on pourrait comprendre aussi bien huit heures

vingt que cinq heures cinq ou deux heures moins dix ou encore quatre heures tout dépend de la manière dont on voit les choses  c’est comme les portraits les livres  il y a là comme une incertitude angoissante et au bord d’un canal ce garçon de quinze ans en convalescence pour d’un séjour dans un sanatorium le père semble avoir quarante ans il est coiffé d’un chapeau feutre il tient à la main le fourneau d’une pipe courbe en bruyère l’objectif semble distant des personnages d’environ cinq à huit mètres

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