promenades (Pharmacie Langlot & Homais)

Je leur dis à tous que je n’étais rien que j’étais seulement silence souffle devant rien donc ou bien folle ou demi vivante avec seulement cette possibilité à partir d’un mot d’un détail d’une image cette imagination de partir de m’en aller de démarrer au quart de tour une amorce de roman et je regardais dehors sur la devanture de la Pharmacie Langlot le thermomètre qui étaient redescendu ce matin dix degrés et maintenant c’était une

autre ville maintenant de couleur rouge violette couleur de briques avec au-dessus de la fumée sans cesse en mouvement déchirée elle aussi folle par le comme des signaux vers qui et ici il fait sombre à l’intérieur de tous ces murs que se passe-t-il ? folle je vois un parquet de chêne vois moi une femme silencieuse qui dispose quelque bols des assiettes sur une table moi voilà fenêtre qui baille pépiement rouge-gorge et cette image de Berthe

Morisot ou plutôt Caillebotte les ponçeurs de parquet je vois l’appui de la fenêtre des plantes une bruyère mauve la sortie de l’hiver l’anorak des petits et dehors des tilleuls palissés et des bourgeons encore repliés près à mais moi j’étais rien silence comme seulement regard à l’intérieur de la pièce entrant sans rien dire un souffle or il ne fallait pas laisser sans suite cette intuition car tout même la moindre parcelle s’évanouit sinon donc écrire tout ce qui arrive tout

ce qui passe se pense parce que tout ce qui n’est pas écrit n’existe pas c’est comme ça tout ce qui n’est pas ordonné dit donné parsemé est inexistant mensonge mort puis un autre regard par la fenêtre le jardin de buis en hexagone les rails dans la ville ces rainures qui forment au milieu des pavés ces sillages et maintenant la pluie pleine de vitamines la pluie pleine de lumière la pluie jeune pleine de silence et qui chantonne

peut-être comme un autoportrait et moi toi nous tous et moi folle j’étais consciente de la folie des gens du monde la vie qu’on nous faisait mener de tout ce qui nous malmène empêche blesse détruit rejette si bien qu’au lieu avoir plus la vraie question maintenant est de savoir ce qu’on abandonne ce qu’on laisse geste de sagesse zeste de raison dans les hurlements des engrenages dans les labyrinthes des faux désirs et des envies

aliénations je pensais au visage de Raya cette femme libre qui accepterait en 1948 de partir de quitter le passé l’enfermement de passer de rejoindre la ronce de l’avenir le bleu de ciel pur tout ouvert à la menace des orages et quelle place alors pour l’écriture quel refuge je sais bien que contre la barbarie des temps contre ce que nous sommes & cependant refusons d’être contre le surhomme non juste si c’est possible ce petit rien

une allumette craquée dans la nuit du monde comme Zorba donc un pas de danse le mouvement le balancement de la mer la vague rien du tout donc et le bouquet de renoncules de Daniel seuil de maison fenêtres ouverte l’endroit où l’esprit se pose se repose regard à fleur de terre et tout Frisch était contenu dans les boîtes à chaussures dans des cartons avec numérotation chiffres latins tout ça dans les caisses du

déménagement de Spalding et même la patte reproduction l’aquarelle d’Apollinaire Bois aux Buttes blessure à la tête tempe droite je m’asseyais le long des murs sur un banc je m’assieds maintenant Principauté du Jardin du Luxembourg Grande Duchesse de Maintenant ou de Demain fauteuil accoudoirs et je lis ce que Frisch écrit là juste (…) et je reviens aux « publications », eh bien une chose m’a bien peiné, bien cataboulé, c’est de voir l’immense

ruine de la parole: à Genève arrêtes toi devant une de ces librairies de second ordre qu’il y a près de l’Univers[sité] et tu verras la tombe-bien-réelle de la poésie: dans un tiroir en bois des livres jaunis et vendus quelques centimes, livres non coupés, avec parfois de belles signatures, mais livres jamais lus, vierges si tu veux mais prostitués, vendus au rabais, rabaissés. Écrire, se donner tant de peine ne conduit donc finalement qu’à l’oubli

et au pilon. Une fois j’ai acheté là chez un Turc un livret de poésie italienne mal traduite, bancale, maladroite, mais peut être sincère et je l’ai envoyé à l’eau du Rhône; je me suis dit que j’offrais ainsi aux mots de manière posthume un petit voyage d’agrément vers le soleil, pour les réconforter. Ce qu’on fait en Inde avec les morts, des cendres jetées vers l’aval. Au fond (des choses ? du fleuve ?) ne subsiste, ne vaut peut être que ce qui se dit

entre deux personnes, et tout le reste mérite silence, oubli, secret, ou au moins retenue, etc. Je crois donc beaucoup au travail que l’on fait, très peu à la séduction de l’encre imprimée et aux « vives félicitations etc. Tout ceci s’agite dans ma tête de manière bien contradictoire, parce que malgré tout, comme je te disais  j’ai bien laissé ma lettre chez l’éditeur – mais à cette heure j’ignore encore sa réponse, et deux mois ont passé … – donc

cette question de l’écriture et de la justification de l’écriture et la présence invisible du lecteur je suis la seule avec Spalding et peut être aussi le destinataire René T voici je pense et nous sommes en 2012 et jamais le monde n’a semblé aussi fou aliéné et jamais je n’ai senti notre existence si fragile parce que dans la masse des consommateurs des électeurs des parents d’élève nous ne sommes rien quand Frisch prétendait encore au

JE majuscule mais JE n’existe plus c’est seulement une case vide vacante au milieu de sept milliards et quoi il est onze heures j’arrête de regarder ce crayon cassé la table les bols vides et la fenêtre vers laquelle mes yeux se tournent je considère que chaque fois que JE se dit c’est un mensonge seule la pensée mais pas le JE rien moi Icare moi Marguerite La Folle Dulle Griet pas d’âge pour ça trente deux ans trop consciente folle quoi silencieusement révoltée

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