promenades (chez toi)

C’est dans la journée du sept mars deux mille douze je ne sais plus très bien à quelle heure que m’est apparue la nécessité d’écrire d’une manière différente d’écrire quand même sans retard les événements littéraires oniriques auxquels j’avais accordé tous ces mois derniers l’essentiel de mon attention je savais maintenant qu’il fallait le faire et je savais comment il fallait le faire se serait au moyen de petits textes collés les uns

aux autres sans ponctuation que je devais travailler travailler travailler sans cesse lier et délier puis séparer en tranches d’une centaine de mots chacun avec l’aide de l’ordinateur qui n’a pas de possibilité de penser c’est à moi que cela revient de dire toute la vérité d’ordonner ce que j’ai su ce que je pensais de guider mais aussi de dérouter le lecteur d’exiger de lui une certaine attention et même une attention

soutenue tout en lui permettant une errance de paragraphe au paragraphe chaque paragraphe étant numéroté mais les idées s’enchaînent il pleut il y a quelques merles dehors qui chantent on va vers le printemps c’est dans un café Starbucks près de Beaubourg à la même table que moi une fille son Mac les oreillettes petits cahiers moleskine un type près de moi déchiffre un livre de vocabulaire allemand on dirait un

manuel de conversation la troisième personne est cette fille souriante qui lui répond en anglais la tête bénignement inclinée vers la gauche gentiment chacun de part et d’autre d’un coin de la table c’est comme s’il s’agissait d’une petite pièce d’une sorte de théâtre de saynète et cette fille donc a les mains disposées en baïonnette elle a… camion de nettoyage qui avance en hoquetant pavés villes rues désordres du soir je

sors du musée de cette exposition Matisse dessin encre et surtout fusain Heute bist du sehr pünktlich ! remords grisaille comme sur un dessin de Hollan ce bonheur lieu de vie de passage c’est il y a quelques jours le sept mars deux mille douze que j’ai trouvé la manière j’appelle Daniel mais il ne répond pas les enfants sont gardés ce soir le style enfin le cahier Joseph dans mon cartable et d’autre part le petit carnet Spalding dans

ma poche peu de choses à vrai dire des traces de vie des éclats de lumière  elle a le physique des modèles de Matisse Delectorskaya la ville autour de moi et en moi bonheur de vivre de marcher dans la ville ce soir après le dîner des petites paupières baissées paupières renversantes signe clignant toujours cheveux tombant le ciel bleu narrateur son féminin narratrice narratriste langueurs belges berges du fleuve scène où

je relis à poche mon ami Frisch parachuté noir fragment de vie limitée entre deux crochets aliéné par la mort par le désir de paraître dans le sens où un livre paraît et aussi peut-être cette douleur d’être au monde note sur le tamis onde sur l’océan ride sur l’eau du cœur et vos visages lentement penchés sur les choses pages maculées d’encre de gestes toi demain ballet mouvement marcheur qui dans les rues de la ville

peut-être faussement libre grande étendue de sable peigné au milieu des racines et des ronces alors que le printemps montre son nez à la table où gît le centre du monde le reflet  ce sont des choses dans notre tête notre sang je pensais à ceci … si je prenais un café j’étais bien j’avais dans ma sacoche un livre de poèmes illustrés d’arbres avec une signature à l’encre rouge robes ouvertes épaules sous les tissus transparence sacs leurs

membres tièdes gestes des doigts toujours chose groupés dans l’ombre bleue entre les murets de la vie spirituelle les mots des choses qui s’avancent dans le livre dans les lettres de Frisch dans le travail de John Spalding dans cette manière de s’entremêler deux troncs d’une vaste forêt qui est la vie humaine deux existences bornée l’une entre mille neuf cent dix et mille neuf cent cinquante-huit l’autre entre mille neuf cent

trente et mille neuf cent quatre-vingts la damier vert des carrés au Jardin des Plantes le manège qui tourne anti-horaire un marcheur des silhouettes vives d’enfants courant ici et là le soir qui tombe un grand arbre aux branches divergentes désunies le manège chicane la voie détournée des souvenirs mais les branches de l’arbre convergent vers le tronc se réunissent miraculeusement entre en terre voici la destinée de l’écriture qui

est d’être lue peut-être seulement d’une seule personne et de s’enraciner il y a là tout un travail pour le lecteur qui consiste à mettre lui-même le ton à définir rythme et paragraphes donc à travailler un peu puisque à mon sens la question de la littérature est celle de l’appropriation du texte par le lecteur qui doit lire dire même ce texte désirer recevoir un texte c’est-à-dire une impression générale faite d’une succession

d’adjectifs verbes et noms comme s’il s’agissait avec la peinture d’un arbre  de dessiner son propre personnages pour son usage propre de définir son propre contenu il est un peu plus de cinq heures Paris est dans ces jours ces semaines qui précèdent le printemps comme il fait beau les cris d’enfants jouant dans la cour derrière moi montent par la fenêtre ouverte de la bibliothèque avec ce même naturel que le chant

d’un vol d’oiseaux que les martinets rayant l’espace au loin le Panthéon le minaret de la Grande Mosquée le bâtiment du donjon de la Sorbonne puis la tour Jussieu juste en dessous et après les bâtiments de la Fac des Sciences le toit de l’institut médico-légal et la galerie de Paléontologie du Muséum avec son architecture de briques rouges je pense aux marchandes d’estampes dans la galerie du théâtre de l’Odéon à Fernand

Beck en 1976 au loin un piéton seul traverse en biais je referme le livre d’Atget édité chez Hazan qui montre les rues de Paris au début du siècle je promène avec moi sentiments et idées je sens leur enroulement leur danse leur répétition qui se fait malgré moi, comme des anneaux qui se déroulent découlent l’un de l’autre lumières escalators et cette question d’un philosophe de comptoir Est ce qu’on peut s’aliéner à la Beauté ? essayer d’abord de définir chacun des termes

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3 commentaires

  1. n’annonciez-vous pas que le rythme de ce blog allait ralentir? L’écriture devient respiration, chaque mot(lécule) libre de l’autre en covalence, flux ininterrompu aussi léger que l’idée qui papillonne.
    C’est cela, un vol de papillon.
    Avez-vous remarqué comme le vol d’un papillon est chaotique et kamikaze, hésitant et brusque, incontrôlable et déterminé.
    Je le suis du regard.

    1. pourrait-on imaginer une écriture peinture de chasseur-cueilleur: manière de ramasser en un seul flux les ruisseaux de sensations, idées, sauts ? avec l’aide d’un brouillon (ce placenta de tout texte) qui permet de mettre en bouquet les différents objets et perceptions, le passé et le quotirien du présent avec l’à-venir immédiat ?

  2. oui, une sorte d’écriture épidermique (à fleur de peau) avec des récepteurs sensitivémotionnels reliés (monosynaptiquement) à un stylo (ou traitement de texte bluetooth).
    Une écriture biochimique?

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