sommeil [Dijon 1954]

(…) et quand le lit quand allongés la tiède la douceur du lit la pénombre blottis c’est à dire plutôt abandonnés offerts à un reste de lumière bleu-lune et grise avec parfois dans le froid tout en bas de la rue un moteur un bruit montant descendant passé puis le silence et parfois une hulotte donc le corps délicieux comme abandonné au tissu de coton du drap bras derrière la nuque en losange alanguies les jambes ce roulement d’un côté lui et elle de l’autre et les minutes dans l’antichambre du sommeil puis tard encore parfois quand des voitures mais très loin peut être des chocs d’accastillage des haubans le bruit des navires dans la halètement de la brise tiède et humide salée alors un bras embrassant sous le drap le gras flanc de l’autre la ramenant vers lui la retournant Raya un dauphin un mammifère femelle allongé docile assoupi sur la plage le sable le drap le frottement doux du drap la cuisse le téton brun mais qui dans l’ombre ivoire était à peine plus large mais elle approchait son buste acceptait et bientôt le sein comme une paupière douce et tiède moîteur domestique mie de pain parfum tiède cheveux caresseurs avançant à tâtons têtant l’orbite grand ouvert comme une bouche où et elle assise un moment incurvée parenthèse sur lui figure de proue l’os du bassin symphyse ou bréchet comme une poule accroupie inversant les rôles théâtre de l’amour quelques mouvements puis roulant de nouveau mais souple et lourde à la fois et la main sur la cuisse chacun seul comme toujours hélas et de nouveau étonnante confiance dans la sommeil qui pourtant Shema Israël nous dit chaque soir la mort à venir derrière le corps qu’on lit avec les doigts comme des aveugles habitants de la pénombre brune familière sourcier ombre nourrissante maintenant repus comme des nageurs tumultueux déliés dans la brasse du sommeil au loin passant le clapotis caquètement des écueils noirs vers le large horizon ouvert, tout ouvert sous la multitude joailleries de l’espace auquel un moment encore il ou elle pensent puis toute conscience se dissout s’assèche comme une source et reviennent en désordre les rêves invités surprises fantasmagories familières fête loin derrière les coulisses des mêmes heureuses et molles et tièdes paupières  Bienvenue vous revoici clochettes (…)

Rejoindre la conversation

1 commentaire

  1. Un texte sans ponctuation … c’est un nouvel exercice de lecture auquel il faut s’adonner deux fois. Original et peu courant !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :