ce qu’on apprend (journal de Spalding)

     Plus tard Frisch qui avait vécu les années d’après-guerre dans un certain abattement, incapable de se mesurer à l’ombre envahissante du père-gladiateur (ce bruit de tournois, toute la fureur du monde, des « centaines de boches tués dans la traversée de Fousselles« , etc. dont Caplan parlait si souvent) découvre via des témoignages qu’il juge fiables ,  que l’embuscade, le coup d’éclat du dernier combat de son père fut à peine préparé, sans doute bâclé, décision vite jetée la veille comme par défi au moment où se faisait l’histoire de la Libération,  acte de bravoure probablement stupide, coup d’éclat, de dés, de folie, roulette russe, gâchis de forces. En effet non pas quatre mais seulement deux jeeps de quatre hommes, le jeune guide tombé à terre quand le premier véhicule entre dans la petite ville, et les victimes d’un feu d’enfer des mitrailleuses, et seulement trente six soldats allemands, tous les SAS et le père achevé de plusieurs rafales à bout portant. Comme si pour Robert F. inconsciemment le dernier effort pour se hisser d’une marche sur l’escalier, le podium – pour devenir français ? -, était ce sursaut sans grâce, une erreur sanglante de jugement en somme, une dernière boiterie que l’Histoire saurait gommer, et peut être glorifier par nécessité.

    Dès lors on comprend une farouche retenue à s’afficher chez Joseph Frisch, un besoin d’invisibilité, de dissolution qui lui semble la condition de sa liberté. Une existence posthume, en dessous, souterraine, sans connaissance, qu’il résumait dans ce rêve récurrent d’un danseur aveugle qui pendant un inoubliable aria de clarinette, traverserait d’un bout à l’autre la scène d’un Opéra Merveilleux, un jour de représentation où tous les spectateurs sauf un (peut être) ont les yeux bandés par un foulard de satin émeraude.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :