citation (jacques lacarrière)

 

de Jacques Lacarrière dans les formidables « Etats provisoires du poème »( CHEYNE) en 1999 – où il côtoie Chedid et Juliet – : ce poème inédit: « Mémoire Fourragère »:

« Fétu d’abord dans la grossesse des vents. Puis les jeux d’une enfance herbagère. Je grandis à l’école des pailles et j’eus le premier Prix de fenaison. Après quoi je quittai l’été.

Je me souviens de deux ou trois orages sur ma tige. Des envolées de la poussière soulevée par l’Impondérable. De nos fous rires avec l’ivraie.

Je me souviens d’un trèfle à quatre feuilles écartelé dans le printemps. De l’affolement des luzernes apprenant l’arivée de l’automne.

Puis vint le temps des engrangeurs.

Je me souviens de l’ennui de silos, des cryptes endormies où veillait l’invisible encens de l’été.

Je me souviens, penché sur moi, du mufle de l’hiver. Je me souviens de la nuit ruminante. « 


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